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Quand exposition rime avec innovation à Dakar !

L'entrée de l'exposition

Il se tient des fois des choses à Dakar qui sont inédites mais dont on n’entend malheureusement que très peu parler. C’est le cas de l’exposition sur les musiques noires qui se tient depuis le 10 décembre 2010 à la Maison de la Culture Douta Seck dans la Médina et que j’ai heureusement découverte la veille de mon départ !

L’exposition « Les Musiques Noires » à Dakar : le multimédia à l’honneur

Cette exposition propose aux visiteurs de découvrir les musiques noires (soul, funk, jazz, rnb, salsa …), leurs origines et leurs icônes à travers des extraits sonores, des vidéos mis en scène sur des dispositifs, la plupart immersifs, alliant différentes technologies : tables interactives, écrans géants, smartphones, wifi etc. Elle a été organisée dans le cadre du FESMAN 2010 et est une préfiguration du Centre des Musiques Noires qui ouvrira ses portes fin 2011 à Salvador de Bahia au Brésil.

Casque sur les oreilles, on découvre les icônes de la black music en images vidéoprojetées sur des tubes translucides

Casque sur les oreilles, on découvre les icônes de la black music en images vidéoprojetées sur des tubes translucides

Un exemple avec Bob Marley du dispositif

Outils et supports multimédia : de nouveaux enjeux pour la muséographie

J’ai participé ces dernières années à plusieurs projets de muséographies ou de dispositifs d’exposition explorant les possibilités offertes par le multimédia. Ces projets sont très souvent des projets lourds, complexes, qui n’aboutissent pas ou dont la magie n’opère pas toujours totalement , même s’ils laissent entrevoir des pistes incroyables sur ce que l’on peut faire aujourd’hui en terme de médiation à des contenus culturels ; sur la manière dont on peut réinventer notre rapport aux oeuvres, au savoir. J’avais notamment travaillé en 2006 sur un projet dont le sujet et les enjeux étaient très proches de ceux de cette exposition qui se tient actuellement : la scénographie multimédia des collections liées à la musique au Musée du Quai Branly. A l’époque, le multimédia offrait une perspective intéressante pour l’exposition d’un patrimoine dit « ‘immatériel ». Il ouvrait aussi tout court un nouveau champ en matière de conception de scénographies d’exposition.

Une exposition où l’on vibre

Ainsi, l’exposition qui se tient actuellement à Dakar est pour moi inédite parce que ce type d’expériences muséales tout à fait innovantes sont encore très peu développées au niveau mondial et quand elles existent, il est rare qu’elles soient totalement justes, c’est-à-dire qu’elles soient au service de ce qu’elles mettent en scène et non le contraire. Ici, même si les technologies et les supports utilisés sont multiples, ils s’effacent au profit de l’expérience musicale et visuelle et offrent dans chaque salle de nouvelles surprises. Leur présence est quasi-imperceptible même si c’est grâce à elle qu’on vibre tout au long du parcours. On souffle sur une bougie pour déclencher une tempête de musiques sacrées africaines, on chavire dans le flot des chants d’esclaves, on s’alanguit sur les accords jazz de Quincy Jones, on mixe coupé décalé, rap et rnb.

Une des 6 salles des l'exposition, la plus immersive : Mama Africa

Chavirer au rythme des chants d'esclaves dans un autre espace

Global Mix dans la dernière salle de l’exposition

Et après ?

Si cette exposition change des expositions traditionnelles visibles dans les pays occidentaux, elle détonne dans un pays africain où les musées sont rares, et  le plus souvent poussiéreux. Reste encore à attirer un public africain peu familier de ce type de lieux et de pratiques mais l’exposition semble séduire les jeunes sénégalais. Espérons donc qu’elle ne soit pas une première et une dernière au Sénégal mais qu’elle inspire une série d’autres expositions tout aussi originales, allant plus loin que la traditionnelle vitrine en verre et son cartel. Le terrain d’expérimentation est vaste et encore plein de choses restent à imaginer. Je connais peu d’autres expériences semblables menées par des musées en Afrique, peut être à la Fondation Zinsou au Bénin ? Des artistes et des structures sénégalaises comme Ker Thiossane, Trias Culture ou des événements comme la Biennale de Dakar présentent des dispositifs interactifs tels que ceux présents dans l’exposition « Musiques noires » mais à des fins plus artistiques. Les agences de création, les designers et les scénographes africains doivent eux aussi se positionner sur ce secteur quasiment vierge sur le continent noir.

Un autre point d’interrogation : l’exposition n’a pas de site web, ou tout du moins pas un où l’on peut retrouver par exemple les contenus vidéos  projetés dans l’exposition. Proposer un support web qui permet de préparer et/ou d’approfondir une visite devrait être aujourd’hui quelque chose d’incontournable à tout projet d’exposition. Je me demande aussi ce que deviendra cette exposition après le 1er mars : ne pourrait-on pas continuer à la parcourir depuis le web ? Google qui cherche à promouvoir la production et la mise en ligne de contenus à l’échelle locale et qui travaille actuellement sur un Google Art devrait se saisir de cette exposition !

Exposition « Musiques noires » conçue et réalisée par Mondomix. Entrée gratuite. A la Maison de la Culture Douta Seck jusqu’au 1er mars 2011.

Crédits photos – Aude Maïmouna Guyot.

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